Utilisation de l’électroencéphalographie avec sédation puis réveil chez les chiens atteints d’épilepsie
Marcin Wrzosek, Aleksandra Banasik, Adriana Czerwik, Agnieszka Olszewska, Marta Płonek ; Journal of Veterinary Internal Medicine,2024
Par la Dr Sabrina FERT, spécialiste en neurologie au CHV Frégis.
Introduction
L’électroencéphalographie (EEG) est utile pour le diagnostic et la caractérisation de l’épilepsie chez le chien, mais son utilisation reste peu standardisée en médecine vétérinaire. La réalisation d’un EEG sur un chien éveillé est techniquement difficile en raison des mouvements et de la pose des électrodes, tandis que la sédation facilite l’examen mais modifie l’activité cérébrale enregistrée.
L’objectif de cette étude est d’évaluer l’intérêt d’un EEG débuté sous sédation à la médétomidine puis poursuivi pendant le réveil après antagonisation par l’atipamézole, et notamment de déterminer si le réveil permet d’augmenter la détection des décharges épileptiformes.
Matériels et méthodes :
L’étude inclut 18 chiens : 6 chiens contrôles non épileptiques et 12 chiens atteints d’épilepsie idiopathique répondant aux critères diagnostiques Tier II de l’International Veterinary Epilepsy Task Force (IVETF) (≥ 2 crises épileptiques avec un début entre 6 mois et 6 ans, examen neurologique interictal normal, bilan sanguin normal comprenant NFS, biochimie, acides biliaires et ammoniémie, IRM cérébrale et analyse du LCR sans anomalie). Les chiens épileptiques sont répartis en deux groupes : 6 chiens enregistrés sous médétomidine uniquement (IE-S) et 6 chiens soumis au protocole sédation-réveil (IE-SA).
Tous les chiens reçoivent de la médétomidine IM à 20 µg/kg. Dans le groupe IE-SA, l’atipamézole est administré à 40 µg/kg cinq minutes après le début de l’EEG. Les tracés sont analysés en aveugle concernant l’activité de fond, les artefacts et les décharges épileptiformes.
Résultats et discussion :
Des décharges épileptiformes sont détectées chez 1/6 chien contrôle, 4/6 chiens du groupe IE-S et 5/6 chiens du groupe IE-SA. Au total, 6 décharges sont enregistrées chez les contrôles, 88 dans le groupe sous sédation et 185 dans le groupe sédation-réveil.
Le nombre de spikes, polyspikes et sharp waves augmente significativement après le réveil dans le groupe IE-SA, alors qu’aucune augmentation significative n’est observée chez les chiens restant sous médétomidine. Le protocole sédation-réveil semble donc améliorer la détection des anomalies épileptiformes sur un EEG court.
La médétomidine facilite la pose des électrodes et limite les artefacts de mouvement, mais modifie le tracé EEG en induisant une activité cérébrale similaire à celle observée lors du sommeil lent (sommeil non paradoxal), caractérisée par des ondes lentes de grande amplitude. Après administration d’atipamézole, l’activité cérébrale se modifie progressivement pour retrouver celle d’un chien éveillé. Le réveil entraîne cependant davantage de mouvements et donc davantage d’artefacts sur l’EEG.
Le principal inconvénient du protocole est donc sa dépendance au comportement du chien : chez un animal très agité ou agressif, l’enregistrement éveillé peut devenir difficilement interprétable. L’effectif très faible de l’étude, avec seulement 6 chiens par groupe, limite également la portée des résultats.
Conclusion
Le protocole de sédation-réveil semble être une méthode intéressante pour réaliser des EEG chez le chien épileptique : la médétomidine permet une pose facile des électrodes, tandis que le réveil par atipamézole augmente la détection des décharges épileptiformes.
Ce protocole pourrait notamment être utile pour les EEG ambulatoires courts, les examens répétés et le suivi thérapeutique de l’épilepsie. Des études sur des populations plus importantes restent toutefois nécessaires pour confirmer ces résultats.