EGC du mois

Présentation du cas

Un chien Beagle mâle stérilisé de 9 ans a été opéré en urgence la veille d’une splénectomie suite à la détection d’une masse splénique avec hémoabdomen. Le chien ne présentait pas de trouble du rythme avant son intervention chirurgicale, qui s’est bien déroulée.

L’ECG obtenu le lendemain lors du monitoring post-opératoire est le suivant (Figure 1). L’examen clinique du chien est parfaitement normal.

Figure 1
 

1. Analyse de l’ECG

Fréquence cardiaque ?
120 bpm

Le rythme étant régulier, la méthode la plus rapide pour calculer la fréquence cardiaque consiste à calculer une fréquence cardiaque « moyenne » : la fréquence est calculée sur 6 secondes puis multipliée par 10 pour obtenir la fréquence cardiaque sur 60 secondes.

Si la vitesse de déroulement du papier est de 25 mm/s, le nombre de qRs est calculé sur 15 cm et ce chiffre est multiplié par 10.

Dans notre cas (Figure 2), le nombre de complexe qRS sur 15 secondes est de 12 ce qui permet obtenir une fréquence cardiaque de 120 battements/minute.  Pour un chien de ce gabarit, la fréquence cardiaque est normale.

Figure 2
 

Rythme ?

Régulier, non sinusal (Figure 3)

figure 3

- Rythme régulier : l’intervalle entre les complexes qRs est régulier (13 petits carreaux)

- Rythme non sinusal : les complexes qRs ne sont pas précédés par une onde P. L’impulsion ne provient donc pas du nœud sinusal.

Morphologie ?

Complexes qRs larges (2-3 petits carreaux soit 0,08 s, la norme étant < 0,07s) négatifs en dérivation II et III. Il s’agit donc de complexes d’origine ventriculaire gauche.

- Origine ventriculaire : ces complexes prennent naissance, comme leur nom l’indique, en dessous de la bifurcation du faisceau atrioventriculaire. Les impulsions ne passant pas par les voies de conduction conventionnelles, elles se traduiront par des complexes qRs larges (témoins de l’activation non simultanée des deux ventricules) mais également par l’absence d’onde P (l’impulsion ne provenant pas du nœud sinusal). Une extrasystole ventriculaire (ESV) est une impulsion électrique prenant naissance prématurément dans un foyer ventriculaire ectopique.

- L’origine du complexe est le ventricule gauche : une extrasystole ventriculaire droite sera positive sur les dérivations II et III alors qu’une extrasystole ventriculaire gauche sera négative sur ces mêmes dérivations

Conclusion ?

Rythme non sinusal d’origine ventriculaire avec fréquence cardiaque normale. Cet ECG est donc compatible avec un rythme idioventriculaire accéléré (RIVA).

Un RIVA est un rythme d’origine ventriculaire et de fréquence cardiaque intermédiaire. Il se différencie de la tachycardie ventriculaire (TV) uniquement par la fréquence cardiaque (qui est plus basse), les autres caractéristiques (rythme, morphologie) électrocardiographiques restant les mêmes.

Le seuil exact de la fréquence cardiaque permettant de faire la différence entre un  RIVA et une TV est encore débattu actuellement, principalement dû au fait qu’il existe différentes tailles de chien, ces dernières étant associées à des fréquences cardiaques différentes. Le Certains rythmologues préconisent le seuil de 120 bpm, d’autres 140 bpm et enfin, d’autres 160 bpm. Retenons que, pour ce format de chien, un seuil de 160 bpm semble approprié et qu’une fréquence cardiaque de 120 bpm est une fréquence normal. Ce rythme est un RIVA.

2. Mettez-vous en place un traitement anti-arythmique ?

C'est pour répondre à cette question que faire la différence entre un RIVA et une TV est essentiel.

La fréquence cardiaque très élevée de la TV à un impact clinique (hypotension..) et nécessite donc un traitement anti-arythmique en urgence. La fréquence cardiaque plus basse du RIVA fait qu’il est en général bien toléré et ne nécessite pas la mise en place d’un anti-arythmique. Son traitement est celui de la cause sous-jacente.

Chez le chien, l’origine des troubles ventriculaires est dans la majorité des cas (69%) extra-cardiaque, lors de pathologies systémiques (syndrome dilatation torsion estomac, masse splénique, pancréatite, anémie, troubles électrolytiques, prostatite, pyomètre….). Bien que le mécanisme exact ne soit pas encore connu (on suspecte, comme chez l’homme, un phénomène d’ischémie-reperfusion), leur présence transitoire est fréquemment détectée en période post-chirurgicale de splénectomie et ne nécessite pas la mise en place d’un traitement pour autant que la fréquence cardiaque n’excède pas 160 bpm et que la pression artérielle systémique reste normale.

3. Que proposez-vous comme examen complémentaire supplémentaire éventuel ? 

La présence de troubles d’origine ventriculaire pouvant être liée à des anomalies électrolytiques, la réalisation d’un ionogramme semble appropriée.

Si la présence d’une masse splénique (avec donc suspicion d’hémangiosarcome) est à l’origine de l’hémoabdomen, un bilan d’extension avec échocardiographie est indiqué : en effet dans environ 30% des cas, un hémangiosarcome splénique est associé à une masse cardiaque. Dans ce cas, les troubles du rythme peuvent provenir des lésions myocardiques secondaires à la masse et ne seront donc pas transitoires, un traitement anti-arythmique sera donc à envisager.

 

Bibliographie

Santilli R., Moïse NS., Pariaut R., Perego M. Electrocardiography of the dog and cat. Diagnosis of arrhythmias (2nd Edition). Edra. 2018

Côté E., Ettinger J S. Cardiac Arrythmias. Dans : Ettinger J S. , E.C. Feldman, Côté E. Elsevier Textbook of veterinary internal Medicine 8th Edition,WB Saunders. 2016;1177-200.

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